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L'article du FIGARO du 07 octobre 2007 Source :
http://www.lefigaro.fr/debats/20071007.WWW000000075_bill_clinton_le_monde_sait_que_lamerique_vaut_mieux_que_la_guerre_dirak.html |
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Bill Clinton :Le monde sait que l’Amérique vaut mieux que la guerre d’Irak
L’ancien président des États-Unis vient de passer par Paris pour y faire la promotion de son dernier livre «Donner: comment chacun de nous peut changer le monde» (Odile Jacob). Dans une interview exclusive au «Figaro», il parle de ses nouvelles missions planétaires, des États-Unis, de la campagne présidentielle et des changements qui s’annoncent.
LE
FIGARO. – La guerre d’Irak est devenue un abcès de fixation comme le
monde n’en a pas connu depuis la fin de la guerre froide. À votre avis,
la réputation de l’Amérique a-t-elle déjà, dans le passé, été aussi
dégradée qu’aujourd’hui ?
Bill CLINTON. – Nous étions très mal vus pendant la
guerre du Vietnam. À l’époque, j’étais jeune et je me disais :
l’Amérique se trompe, mais elle reste un bon pays qui veut combattre
ses ennemis sans poursuivre des objectifs coloniaux. Le monde était
divisé en deux camps. C’était une bataille mondiale entre le
totalitarisme et les forces de la liberté. La situation créée
actuellement par notre présence en Irak est radicalement différente et
ses effets sont bien pires parce que nous vivons dans un monde
complètement interdépendant. Aucun pays, pas même l’Amérique, ne peut
résoudre seul un problème difficile. Il n’y aura que des solutions
coopératives, dessinées ensemble, tout particulièrement contre le
terrorisme. Avant et après le 11 Septembre, tous les gens qui ont été
arrêtés pour avoir planifié des attaques contre les États-Unis l’ont
été par des étrangers, dans d’autres pays travaillant avec nous:
police, armée, renseignement, experts financiers. C’est une métaphore
de ce qui marche dans le monde moderne. Si nous sommes dans une telle
difficulté aujourd’hui dans une grande partie du monde, c’est à cause
de l’Irak, bien sûr, mais pas seulement. C’est l’unilatéralisme des
États-Unis qui est en cause. Sur le réchauffement climatique, la
prolifération, l’arrêt des essais nucléaires…
Pourquoi George Bush a-t-il pris cette voie ?
L’Administration Bush croyait qu’elle pouvait faire ce qu’elle voulait,
qu’elle coopérerait uniquement quand il le faudrait. Alors qu’à mon
sens – et c’est la posture traditionnelle des États-Unis depuis la
Seconde Guerre mondiale – il faut faire le contraire: coopérer à chaque
fois que c’est possible et agir seul uniquement quand il le faut. Tout
pays a le droit de défendre ses propres intérêts mais à condition de
respecter une sorte de consensus sur la direction générale que doit
prendre le monde.
Pensez-vous que, si Hillary Clinton, votre femme, est élue
présidente l’année prochaine, l’image de l’Amérique dans le monde s’en
trouvera automatiquement améliorée ?
Oui, et je crois que ce sera très rapide. Vous savez, il y a des gens
qui aiment détester l’Amérique, mais la plupart sont simplement en
désaccord avec les politiques menées. Et quand le président Bush a été
réélu, le monde entier y a vu un soutien aux visions mondiales du
président et cela les a irrités. Mais si nous montrons que nous sommes
prêts à nous désengager des rôles de combat de première ligne, sans
abandonner les Kurdes et sans prendre le risque de voir éclater un
conflit entre l’Irak et la Turquie, si nous prenons à bras-le-corps le
réchauffement climatique, si nous retournons dans le processus de
non-prolifération, si nous revenons au respect du droit international
et de la convention de Genève, alors le ressentiment à notre encontre
s’estompera vite. Parce qu’à la vérité, dans le même temps, les
citoyens américains sont partout où il y a besoin d’aide. En Indonésie,
après le tsunami, la popularité des États-Unis a fait un bond
extraordinaire suite à nos interventions humanitaires.
Vous venez d’écrire Donner (Odile Jacob) un livre sur le don et
la générosité individuelle. À la tête de la Fondation Clinton, vous
êtes devenu un expert en ce domaine. Dites-nous où, dans le monde, se
trouvent les peuples les plus généreux. Y a-t-il des pays plus généreux
que d’autres ?
Dans un bon, dans un grand pays, la société doit posséder trois
caractéristiques. Il faut une économie prospère. Après tout, la
meilleure protection sociale, c’est quand tout le monde a un job. Il
faut aussi un bon gouvernement, qui prend en charge tout ce dont le
marché ne peut pas s’occuper, et puis une société civile vibrante avec
des ONG pour faire en sorte que personne ne soit oublié, que personne
ne passe à travers les mailles du système.
Les pays libéraux sont-ils plus généreux que les pays plus étatiques ?
Dans les pays possédant soit un État faible, soit une économie faible,
soit les deux, il faudrait que la société civile soit plus forte mais
comprenez-moi bien : je ne prêche absolument pas pour que la société
civile se substitue au gouvernement. Regardez l’Europe du Nord. Ce sont
des pays qui fournissent une aide publique au développement
considérable, mais quand le tsunami a frappé, ils ont aussi été très
généreux en contributions privées. Ce n’est pas un jeu à somme nulle.
L’un peut entraîner l’autre. Le gouvernement est là pour faciliter
l’acheminement de l’aide privée. J’ai découvert un système formidable
aux Pays-Bas : la loterie du code postal. Tous les habitants du code
postal gagnant touchent quelque chose, la loterie canalisant une partie
des gains vers les pays en développement. Cette loterie me donne
beaucoup d’argent et me permet de lutter contre le sida et le
réchauffement climatique dans quarante-six villes sur les cinq
continents.
La France est un pays
qui a une grande tradition d’aide publique mais où
l’aide privée cale parfois. Qu’en pensez-vous ?
La taxe sur les billets d’avion créée par Jacques Chirac est une bonne
idée pour tenter de régler les problèmes de santé dans les pays
pauvres. Avec cette taxe, via Unitaid, nous achetons des médicaments.
Il y a cinq ans, 500.000 enfants mourraient chaque année du sida.
Hormis au Brésil et en Thaïlande, 10.000 enfants seulement à travers le
monde recevaient des médicaments gratuits. J’ai demandé l’aide de mes
amis Chris et Jamie Cooper-Hohn qui ont une fondation pour les enfants
alimentée automatiquement à hauteur de 1% des capitaux de leur fonds
d’investissement. Grâce à eux, on est passé à 20.000 enfants. Quand les
Français ont créé Unitaid, la taxe aérienne nous a permis d’alimenter
100.000 enfants en médicaments. C’est un système hybride public-privé
qui fonctionne remarquablement.
Les ONG se rapprochent de votre fondation pour que votre
célébrité serve de multiplicateur financier. Comment sélectionnez-vous ?
Vous savez, nous sommes des prestataires de services directs, et
franchement la qualité de mes équipes compte plus que ma notoriété. Ce
sont les pays qui nous sélectionnent. Si un pays me demande
d’intervenir, nous l’aidons à développer un programme de lutte contre
le sida. Nous formons son personnel, nous aidons à trouver les
médicaments les moins chers. Nous fournissons cette prestation à
vingt-cinq pays et nous vendons des médicaments dans soixante et onze
pays. Et parce que c’est hybride, ça marche plus vite, ça coûte moins
cher et il y a moins de frais fixes que dans la plupart des programmes
gouvernementaux.
Pour encourager la générosité, qu’est-ce qui est le plus efficace, la religion, la fiscalité ?
C’est sûr qu’une déduction fiscale des contributions peut aider mais
l’essentiel, c’est la conviction morale. Les gens qui ne donnent pas,
c’est parce qu’ils ne se sentent pas tenus de le faire, que personne ne
leur a expliqué ou qu’ils ne pensent pas que donner puisse changer
grand-chose. Ma mission, c’est de les convaincre du contraire, leur
dire que nous sommes devenus une machine à donner très efficace. Mais
les gens donnent aussi s’ils consomment de manière différente, s’ils
respectent l’environnement.
Les Américains sont généreux, mais l’Amérique en tant que pays
est particulièrement pingre en ce qui concerne l’aide publique au
développement. Comment expliquez-vous ce contraste ?
C’est très préoccupant. J’y vois trois raisons. D’abord, les Américains
ne connaissent pas la vérité. Ils croient que le pays dépense 10% en
aide extérieure et qu’on devrait se contenter de 5%, alors que le vrai
chiffre est 1%! Cette ignorance empêchait que ce sujet devienne un
thème de campagne et personne ne risquait de perdre une élection pour
son avarice vis-à-vis du monde. Mais ceci est en train de changer.
Cette élection présidentielle est la première de ma vie où une large
partie de nos concitoyens va voter pour celui ou celle qui sera jugé le
plus à même de restaurer notre stature internationale, de nous faire
revenir dans le concert des nations. Dans le cœur de l’Amérique
profonde, même des gens qui n’ont jamais possédé de passeport sont
inquiets de la réputation de leur pays. À tout le moins, nous devons
payer notre part des dépenses de développement de l’ONU.
Cela fait quinze ans que l’Amérique promet de faire plus.
Pendant la guerre froide, il y a eu une sorte d’accord tacite entre les
États-Unis, l’Europe et le Japon : les premiers payaient plus en
dépenses militaires pour fournir un parapluie de sécurité et les deux
autres se concentraient sur l’aide au développement, et ça a bien
marché. Quand le mur de Berlin est tombé et que nos dépenses militaires
ont commencé à baisser, nous aurions dû accroître notre aide au
développement. Mais en 1994, le Congrès républicain n’était pas
intéressé.
Les bons démocrates contre les mauvais républicains ?
Pas du tout… Écoutez ça : quand le président Bush est arrivé à la Maison-Blanche, les Églises chrétiennes ont commencé à demander plus d’argent pour le sida, la malaria et la tuberculose. Et l’Afrique en a beaucoup profité. Notre popularité est énorme dans les dix pays où le président Bush, avec la Fondation Gates, avec la Fondation Clinton, a facilité l’envoi d’une aide médicale contre la malaria et le sida. Pour ces gens, l’Amérique ne se résume pas à la guerre d’Irak. Elle vaut bien mieux que ça. Elle incarne la possibilité très concrète d’envoyer leurs enfants à l’école et d’envisager qu’ils puissent avoir un avenir.
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