Une
immense cave souterraine accueillera sous peu une collection de
semences pour les conserver avant qu’elles ne disparaissent,
préservant
pour les générations futures une indispensable
biodiversité. Le refroidissement de cette grotte artificielle va
commencer.
Un peu en avance sur son planning, le projet d’une
réserve mondiale de semences a franchi une étape cette semaine. Samedi
17 novembre, une opération portes ouvertes permettra aux habitants du
Spitzberg et à ceux qui ont choisi de visiter l'archipel en ce début de
nuit polaire de jeter une dernière fois un œil sur le Svalbard Global Seed Vault.
La grotte commencera ensuite une descente en température que l’on
espère sans retour pour de nombreuses décennies voire des siècles…
C’est en Norvège, au
début des années 1980, qu’est
née l’idée d’une banque de semences, pour
conserver durablement des
graines de plantes d’intérêt alimentaire. Avec
l’évolution des
pratiques agricoles et l’industrialisation de l’agriculture
intensive, de nombreuses variétés anciennes disparaissent
alors qu’elles peuvent présenter des
caractéristiques qui, un jour,
seront utiles. Ce patrimoine de l’Humanité mérite
donc d’être conservé.
La suite fut une longue histoire, faite de
tractations internationales, de conflits d’intérêt entre pays pauvres
et pays développés (lesquels entendaient conserver le contrôle des
variétés créées chez eux) et d’enlisements des négociations. L’affaire
n’a repris sa progression qu’en 2004 quand la FAO
est parvenue à faire ratifier par 55 pays le traité
international sur les ressources génétiques des plantes.
4,5 millions de graines sous la terre
Cette année-là, la Norvège, toujours motivée, relance son initiative. Baptisée Global Crop Diversity Trust,
elle rassemble une centaine de pays qui s’engagent à
fournir des semences à conserver, à l’exclusion des
OGM.
Techniquement, le principe est établi : creuser une cavité profondément
enfouie dans le pergélisol (sol perpétuellement gelé) pour y maintenir
une température constante de -18 °C, estimée idéale pour la
conservation des graines. En charge du projet, le ministère norvégien
de l’agriculture retient, comme à l’aube du projet en 1983, l’archipel
de Svalbard, que les Français appellent Spitzberg, situé bien au-delà
du Cercle polaire.
Les engins commencent alors à creuser la glace et
terre sur la plus grande île de l’archipel, Vestspitsbergen, à
proximité de la ville de Longyearbyen, par 78° de latitude, à seulement
800 kilomètres du pôle nord. L’abri souterrain se trouve à 130 mètres
au-dessus du niveau de la mer, une hauteur élevée, qui tient compte de
l’élévation prévisible du niveau de la mer dans les décennies à venir.
Un couloir de 100 mètres de longueur aboutit à
trois salles indépendantes, qui totalisent mille mètres carrés.
Chacune, dans leur volume de 1.500 mètres cubes, peut contenir 1,5
million de graines. Le dernier problème technique à résoudre… est que
le sol est trop chaud. La température oscille en effet entre -3 et
-4 °C. Il faut donc la refroidir à l’aide d’un système réfrigérant
alimenté par une station de production d’électricité située à
proximité. C’est cette étape qui vient de démarrer, alors que la nuit
polaire est tombée sur le Spitzberg.
Cette réserve mondiale pourra devenir fonctionnelle
en février et accueillir jusqu’à 4,5 millions de graines, en provenance
du monde entier et qui, un jour, serviront peut-être de nouveau…